Chronique : SUBOKO - Ritte Ritte Ross 02


Un disque, ça s’apprivoise lentement. Parfois, ça s’achète sur un coup de tête, la foi d’une pochette, d’un premier contact, très visuel. J’ai acheté celui-ci, Percussion & Other du groupe Suboko, lors de ma deuxième rencontre avec lui. On m’a dit qu’il s’agissait d’un disque de percussions dû à un trio de batteurs A regarder de très près la pochette, on y décèle la matière d’une cymbale en spirale. Un disque de batteries, de percussions ? L’un des rares du genre que j’aime vraiment, c’est celui de Milford Graves sur ESP, mais que je n’ai pas remis sur la platine depuis longtemps. J’en conserve un souvenir très atmosphérique et tellurique à la fois. Alors, voilà, je me demandais même si j’allais écouter cet album de Suboko, si je ne préfèrerais pas l’imaginer en n’en connaissant que sa pochette à l’organique sale, presque dégueulasse. Et puis, voilà, un soir, le dressage de l’un et de l’autre débute : le CD glissé dans le lecteur et la musique arrive pour tout chavirer : une longue musique de plainte sonore, portée par un bruit d’orgue lointain, des ricochets et des envolées de cornes, de métal, d’os et de cuivres. La pochette n’était pas un leurre : le disque est une spirale aspirante, qui happe au milieu du corps et de l’écoute pour faire surgir des instantanés de puissance sonore.Il y a là quelque chose de très puissant, tenu et décidé, obtus presque, comme un disque de free jazz enregistré par des musiciens qui auraient au préalable décidé de jouer dans le même sens, à l’intérieur d’un seul et même sillon, creusé à l’envi, jusqu’au sang, au souffle coupé. Au milieu, le disque se perd un peu, me perd un peu, mais il retrouve sur ces deux derniers morceaux la même vitalité fougueuse qui animait les deux ou trois premiers. Un entrain pareil mériterait une plus belle place, au centre d’un soleil tout noir. Ce disque date de 2009, je crois. Mais il pourrait tout aussi bien être né en 1969 ou 2010, en 1958 ou 1981 : il est en utopie, sans date de validité ni de péremption.